Une étude de l’INSEE fait ce constat inquiétant : un couple français sur quatre rencontre des difficultés pour avoir un enfant, soit 3,4 millions d’hommes et de femmes confrontés au problème d’infertilité.
L’aide médicale à la procréation est incertaine puisqu’une tentative n’a que 20 % de chance de déboucher sur une naissance.
En février dernier, la professeure Samir Hamamah, responsable de l’unité de biologie de la reproduction du CHU de Montpellier, et Salomé Berlioux, militante issue du milieu associatif, ont présenté leurs recommandations au ministère de la Santé pour bâtir une stratégie nationale de lutte contre l’infertilité. Car, loin d’être « une simple histoire de bonne femme », le sujet « peu débattu, mal connu, trop souvent ignoré » est « resté dans l’angle mort des pouvoirs public ». Pourtant, « il en va de la préservation de l’espèce humaine », alertent les auteurs du rapport qui commence par en analyser les causes.

Des facteurs médicaux
Les causes médicales les plus fréquentes sont l’endométriose (syndrome des ovaires polykystiques) pour les femmes, et la varicocèle (dilatation des veines du cordon spermatique) pour les hommes. À cela s’ajoutent le surpoids grandissant de la population et la qualité du sommeil qui diminue, deux facteurs liés au stress et à l’utilisation des écrans.

Des facteurs environnementaux

Également responsable de l’augmentation de l’infertilité en France : la prise de drogue dure qui aurait quadruplé en à peine 20 ans.
Plusieurs études montrent aussi le rôle des polluants et des perturbateurs endocriniens. Ces derniers sont absolument partout, dans nos produits de soin et d’hygiène, sur nos vêtements, dans notre alimentation… Ils ont des conséquences sur la fertilité féminine, mais aussi masculine : le sperme masculin a perdu plus de 50 % de sa concentration en spermatozoïdes entre 1973 et 2011.

Des facteurs sociologiques

Enfin, l’âge de la maternité ne cesse de reculer. Il y a 40 ans, l’âge moyen au premier enfant était de 25 ans ; il est aujourd’hui de 31 ans, car les femmes souhaitent pouvoir affermir leur carrière professionnelle avant de devenir mère. Or, la fertilité « décline progressivement » à partir de 30 ans et la tendance « s’accélère significativement après 35 ans ». En effet, le risque de ne pas avoir d’enfant est de 6 % à 30 ans et de 36 % à 40 ans. Contrairement aux idées reçues, les hommes n’échappent pas à la problématique de l’âge : le risque d’infertilité est qualifié de « modéré » à 40 ans et « franc » à 50 ans.
Par ailleurs, « 20 % à 30 % des infertilités sont inexpliquées, et elles augmentent avec l’âge », souligne le rapport.

La professeure Samir Hamamah et Salomé Berlioux ont donc tiré la sonnette d’alarme face à cette urgence. Leur rapport exhorte le gouvernement à intégrer cette problématique dans les investissements d’avenir prioritaires et à dynamiser la recherche. Elles ont proposé des dispositifs pour améliorer la prévention et l’information dès l’adolescence ainsi que la création d’un Institut national de la fertilité dont le budget est estimé à 40 millions d’euros. Son rôle serait d’impulser, coordonner, piloter la recherche, la prévention et la prise en charge.

Sources :
Midi libre, le 21/02/2022 : Un couple sur quatre a du mal à concevoir un enfant, par Arnaud Monnier
20 minutes : Pourquoi de plus en plus de Français peinent à avoir un enfant ?