« Deux heures de route ? C’est trop loin. » Cette phrase, je l’ai entendue bien des fois dans mon agence. Lorsqu’une personne commence une recherche, elle définit souvent un périmètre : 30 kilomètres, 50 kilomètres, une heure de trajet maximum, parfois uniquement son département. C’est compréhensible. Nous avons un travail, une maison, des habitudes, une famille, parfois encore des enfants à proximité et personne n’a forcément envie de passer son temps sur la route. Pourtant, après toutes ces années à organiser des rencontres, j’ai appris qu’il existe une grande différence entre la distance que l’on accepte de parcourir pour rencontrer un inconnu et celle que l’on accepte de parcourir lorsque l’on a vraiment envie de retrouver quelqu’un.

J’ai formé des couples qui habitaient à près de deux heures l’un de l’autre, parfois davantage. Et j’ai vu des personnes qui, au départ, trouvaient déjà 80 ou 100 kilomètres importants, revoir complètement leur perception de la distance après une belle rencontre. Les kilomètres n’avaient évidemment pas disparu. Ce qui avait changé, c’était la raison de les parcourir.

Il ne s’agit pas pour autant de raconter que l’amour abolit toutes les distances. Ce serait une jolie formule, mais elle ne correspondrait pas à la réalité. Les kilomètres existent, les trajets prennent du temps, ils ont un coût et une relation à distance nécessite une organisation. Mais faut-il pour autant écarter une personne qui pourrait réellement nous correspondre simplement parce qu’elle habite un peu plus loin que le périmètre que nous avions fixé avant de la connaître ?

En Bretagne, quelques kilomètres peuvent rapidement devenir deux heures de route

La géographie bretonne me confronte régulièrement à cette question. Je travaille beaucoup dans le Finistère Sud et le Morbihan, j’ai également une présence à Lorient, mais j’inscris aussi des personnes venant de Brest et de secteurs plus éloignés. Une personne de Quimper peut rencontrer quelqu’un du côté de Lorient ou de Vannes. Un célibataire du Finistère peut être ouvert à une rencontre vers Rennes ou Saint-Brieuc. Les possibilités peuvent également s’étendre vers La Baule et la Loire-Atlantique lorsque la mobilité de chacun le permet.

Sur une carte, les distances peuvent sembler importantes. Dans la vie d’un couple, elles prennent une autre dimension. Une heure trente ou deux heures de route ne permettent évidemment pas toujours de se voir spontanément un mardi soir. En revanche, elles peuvent parfaitement permettre de passer un week-end ensemble, puis plusieurs jours, et de construire progressivement une relation si les deux personnes disposent d’une certaine liberté.

C’est particulièrement vrai après 50 ou 60 ans. Les enfants sont souvent autonomes, les contraintes familiales ont évolué et certaines personnes sont retraitées ou disposent davantage de leur temps. Elles ont aussi parfois chacune une maison et une vie auxquelles elles tiennent. Lorsqu’elles rencontrent quelqu’un, elles n’ont pas nécessairement envie de tout bouleverser immédiatement.

J’ai vu des couples trouver leur équilibre de cette manière : un week-end chez l’un, quelques jours chez l’autre, puis parfois une semaine. Et cette organisation peut être très agréable. On quitte momentanément son environnement, on découvre celui de l’autre, ses promenades, sa ville, ses habitudes. Celui qui vit dans le Finistère découvre davantage le Morbihan ; l’autre vient passer quelques jours près de Quimper, de Concarneau, de Bénodet ou ailleurs en Cornouaille. Ces séjours peuvent avoir un petit air de vacances tout en permettant, progressivement, de découvrir la vraie vie de l’autre.

La distance n’est donc pas nécessairement synonyme d’une relation moins sérieuse. Elle peut simplement conduire à vivre les débuts du couple autrement.

Le travail d’une agence consiste aussi à élargir les possibilités

Une agence de rencontres sérieuses ne devrait pas, selon moi, enfermer une personne dans les limites de son propre fichier ou de son département. Mon travail consiste d’abord à connaître mes adhérents, mais aussi à savoir jusqu’où leur mobilité est réelle.

Certaines personnes me disent très clairement qu’elles ne souhaitent pas s’éloigner. Elles ont leurs raisons et je les respecte. D’autres peuvent se déplacer dans toute la Bretagne. Certaines sont même beaucoup plus mobiles qu’elles ne l’imaginaient au départ lorsqu’une rencontre leur donne envie de poursuivre.

C’est également pour cette raison que je travaille avec des agences partenaires sérieuses. Lorsque nous partageons la même déontologie et la même exigence dans la connaissance des personnes, nous pouvons élargir une recherche au-delà de notre propre secteur. Des collaborations avec des professionnels situés notamment vers Rennes, Saint-Brieuc ou La Baule permettent d’ouvrir d’autres possibilités lorsqu’une recherche le justifie.

Ce partenariat est important à mes yeux. Il ne s’agit pas d’échanger des fiches ou des coordonnées pour multiplier artificiellement les propositions. Je veux savoir qu’en face, la personne a elle aussi été reçue par un professionnel, que sa démarche est sérieuse et que les règles de travail sont compatibles avec les miennes.

Si je connais un homme dans le Finistère et qu’une agence partenaire connaît une femme près de Rennes qui pourrait réellement lui correspondre, pourquoi faudrait-il renoncer à les présenter uniquement parce qu’ils ne sont pas inscrits dans la même agence ? De même, une personne de Brest peut être parfaitement mobile vers le sud de la Bretagne et quelqu’un vivant près de Lorient peut envisager une relation au-delà du Morbihan.

Le travail d’une agence ne consiste pas seulement à demander : « Qui ai-je dans mon fichier ? » Il consiste aussi à se demander : «  Où pourrait se trouver une personne susceptible de correspondre à cet adhérent et jusqu’où chacun est-il réellement prêt à aller pour la rencontrer ? »

La qualité d’une recherche passe donc aussi par le réseau professionnel et par la connaissance de la mobilité de chacun.

Deux heures paraissent parfois beaucoup avant la rencontre et beaucoup moins après

C’est probablement ce qui m’a le plus frappée au cours des années. Avant une rencontre, nous raisonnons très logiquement. Deux heures aller, deux heures retour : quatre heures de voiture. Nous regardons le coût, le temps et les contraintes. Et lorsque nous ne connaissons pas encore la personne, ces arguments peuvent suffire à dire non.

Puis la rencontre a lieu.

Si elle ne donne rien, la distance redevient immédiatement ce qu’elle était : une contrainte supplémentaire qui ne mérite pas d’être supportée. Mais lorsque deux personnes ont envie de se revoir, le raisonnement change.

Ce n’est pas que les kilomètres ne comptent plus. C’est que la personne commence à compter davantage.

Je trouve cette distinction importante parce que je ne souhaite jamais pousser quelqu’un à accepter une distance qui ne lui convient pas. En revanche, lorsqu’une personne me paraît particulièrement intéressante pour un adhérent, je peux lui proposer de ne pas s’arrêter immédiatement au nombre de kilomètres.

Une première rencontre n’engage à rien. Elle permet simplement de savoir si la question mérite réellement de se poser.

Et lorsque les personnes sont relativement libres, cette distance peut même offrir un équilibre intéressant. Après un divorce, un veuvage ou plusieurs années de célibat, beaucoup ont reconstruit leur propre vie. Ils ont leur maison, leurs amis, leurs activités et leur rythme. Retrouver quelqu’un ne signifie pas nécessairement devoir immédiatement abandonner tout cela.

Vivre à une certaine distance permet parfois de construire progressivement. On se retrouve plusieurs jours, puis chacun rentre chez soi. On apprend à partager davantage de temps sans passer brutalement d’une vie indépendante à une vie commune permanente. Pour certains couples, cette organisation restera durable. Pour d’autres, elle constituera simplement une étape avant un rapprochement.

Il n’existe pas une seule bonne façon de vivre une relation.

Mais les beaux week-ends ne suffisent pas à connaître quelqu’un

Il faut néanmoins rester lucide sur une particularité de la relation à distance. Lorsqu’on se retrouve moins souvent, les moments partagés sont généralement choisis et attendus. On prépare le week-end, on prévoit une sortie, un restaurant, une promenade, on profite de quelques jours ensemble. Tout cela est agréable, mais ce n’est pas encore tout à fait le quotidien.

Or un couple se construit aussi dans l’ordinaire.

Comment l’autre vit-il lorsqu’il est fatigué ? Comment organise-t-il sa maison ? Quelle place laisse-t-il à l’autre ? Comment réagit-il face à un imprévu ? Comment partage-t-on plusieurs jours sans avoir besoin de remplir chaque heure d’activités ?

C’est pourquoi passer progressivement des week-ends à des périodes un peu plus longues peut être intéressant. Une semaine ensemble ne ressemble déjà plus tout à fait à deux jours de retrouvailles. La relation quitte progressivement le seul registre du rendez-vous pour entrer dans quelque chose de plus réel.

Les appels, les messages et les échanges vidéo permettent aujourd’hui de maintenir facilement le contact. Ils sont précieux dans une relation à distance, mais ils ne remplacent pas la présence. On peut beaucoup parler à quelqu’un et encore avoir énormément à découvrir lorsqu’on partage réellement son quotidien.

La distance peut également favoriser une certaine idéalisation. Lorsque l’autre n’est pas là, nous imaginons parfois ce que nous ne voyons pas. Cela ne signifie pas que la relation est fausse, simplement qu’elle doit progressivement être confrontée à davantage de temps vécu ensemble.

À un moment, il faut savoir ce que l’on veut faire de la distance

Au début d’une histoire, personne n’a besoin de décider qui vendra sa maison ou changera de région. Il faut déjà avoir envie de se revoir et laisser la relation évoluer.

Mais lorsqu’elle devient sérieuse, des questions très concrètes apparaissent. Qui fait les trajets ? Sont-ils équitablement répartis ? Combien de temps peut-on réellement passer ensemble ? L’un des deux pourrait-il un jour déménager ? Souhaite-t-on vivre ensemble ? Préfère-t-on conserver deux logements ? Les contraintes professionnelles ou familiales permettent-elles d’imaginer une évolution ?

Les réponses seront très différentes selon l’âge et la situation. Un couple de 35 ans qui souhaite avoir des enfants n’abordera probablement pas une relation à deux heures de distance comme deux retraités de 68 ans qui possèdent chacun leur maison et apprécient de passer une semaine chez l’un puis une semaine chez l’autre.

Ce qui compte est que les deux personnes imaginent quelque chose de compatible.

Si l’un souhaite absolument une vie commune à court terme tandis que l’autre affirme qu’il ne quittera jamais son domicile et ne veut voir son partenaire que quelques jours par mois, la difficulté n’est finalement plus la distance. Elle concerne leur conception du couple.

C’est pour cela que la mobilité ne se résume pas à un nombre de kilomètres. Lorsque je parle de ce sujet avec un adhérent, ce qui m’intéresse est aussi de comprendre quelle place il serait prêt à faire à une relation si celle-ci devenait importante.

Et quand la distance n’est plus de deux heures, mais de plusieurs milliers de kilomètres ?

Mon travail avec Les Cœurs Malgaches m’a naturellement confrontée à une autre dimension de la relation à distance. Lorsqu’un homme vivant en France souhaite rencontrer une femme à Madagascar, nous ne parlons évidemment plus d’un trajet entre Quimper et Vannes ou entre Brest et Lorient.

Il faut prendre l’avion. Un séjour doit être organisé. Les rencontres ne peuvent pas se multiplier tous les week-ends et une partie de la connaissance de l’autre passe nécessairement, au début, par des échanges à distance.

C’est précisément parce que la distance est considérable que je considère l’accompagnement et la sélection particulièrement importants dans ce type de démarche. Une rencontre internationale sérieuse ne devrait pas se limiter à mettre deux personnes en contact sur Internet et à les laisser construire pendant des mois une relation uniquement à travers un écran.

Avec Les Cœurs Malgaches, les femmes sont sélectionnées localement, rencontrées et identifiées. Les attentes sont discutées en amont et l’objectif reste d’arriver à une véritable rencontre. Les appels et les messages permettent de commencer à se découvrir, mais ils ne doivent pas devenir un substitut à la réalité.

Certains hommes qui s’adressent à nous connaissent déjà Madagascar. D’autres souhaitent découvrir le pays. Il peut également s’agir de retraités qui envisagent d’y passer plusieurs mois par an ou même de s’y installer. Dans ce cas, la distance initiale n’est pas envisagée comme une situation permanente : elle s’inscrit dans un véritable projet de vie.

Là encore, il faut rester très concret. Une personne peut être formidable lors d’échanges téléphoniques et la rencontre réelle reste indispensable. Il faut passer du temps ensemble, découvrir le quotidien, l’environnement de l’autre et vérifier que ce que chacun imaginait peut réellement devenir une relation.

Que l’on soit séparé par 150 kilomètres ou par un océan, le principe reste finalement le même : une relation ne peut pas vivre indéfiniment uniquement dans l’attente de la prochaine rencontre.

La distance n’est ni une preuve d’amour ni une condamnation

Je ne crois donc ni au « loin des yeux, loin du cœur » comme règle générale, ni à l’idée inverse selon laquelle l’amour suffirait à effacer toutes les contraintes.

J’ai formé des couples qui avaient près de deux heures de trajet entre eux, parfois davantage, et qui ont trouvé leur organisation. J’ai vu des personnes élargir leur secteur de recherche parce qu’elles avaient compris qu’une belle rencontre pouvait se trouver au-delà des quelques kilomètres initialement prévus. Je travaille avec des agences partenaires afin d’ouvrir les possibilités vers d’autres secteurs de Bretagne et au-delà lorsque cela a du sens. Et avec Les Cœurs Malgaches, j’accompagne des rencontres pour lesquelles la distance se compte en milliers de kilomètres.

Ces situations sont très différentes, mais elles m’ont appris une chose : il est difficile de décider à l’avance de la distance que l’on sera prêt à parcourir pour une personne que l’on ne connaît pas encore.

Cela ne signifie pas qu’il faille accepter n’importe quelle organisation. Une relation durable suppose que les deux personnes participent, se déplacent, fassent des compromis et puissent progressivement imaginer un projet compatible avec leur réalité.

Mais lorsqu’on est célibataire, libre de ses mouvements et réellement disponible pour construire une relation, élargir un peu son horizon peut aussi élargir considérablement les possibilités de rencontre.

Avant une rencontre, deux heures de route peuvent paraître très longues.

Lorsque quelqu’un nous attend à l’arrivée, elles peuvent prendre une tout autre dimension.

Béatrice Paul
Fondatrice de L’Agence L’Oasis

Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. À L’Agence L’Oasis, agence de rencontres sérieuses en Bretagne, je travaille à partir de profils rencontrés et vérifiés, mais également avec des agences partenaires sérieuses partageant la même déontologie lorsque cela permet d’élargir une recherche de manière cohérente. Avec Les Cœurs Malgaches, j’accompagne également des projets de rencontres sérieuses entre la France et Madagascar. Les réflexions et conseils publiés sur ce blog s’appuient sur mon expérience de terrain.