On peut avoir très envie de rencontrer quelqu’un, souffrir de la solitude, souhaiter construire une relation sérieuse et, pourtant, lorsque cette relation devient enfin possible, avoir peur. C’est un paradoxe que j’observe régulièrement chez des femmes et des hommes qui viennent me rencontrer. Ils savent ce qu’ils ne veulent plus, pensent être prêts à aimer de nouveau et souhaitent sincèrement partager leur vie. Puis une personne arrive, la rencontre se passe bien, l’attachement commence à naître… et quelque chose se complique.

La peur d’aimer ne se manifeste pas nécessairement par une phrase aussi claire que «  j’ai peur de tomber amoureux ». Elle peut être beaucoup plus discrète. On commence à douter, à chercher ce qui ne va pas, à interpréter certains comportements, à prendre ses distances ou à se demander si l’on ne ferait pas mieux d’arrêter avant d’aller plus loin. Parfois, c’est la peur de souffrir. Parfois, la peur d’être quitté, trompé ou déçu. Mais il existe aussi une peur dont on parle moins : celle de ne pas être suffisamment bien pour l’autre, de ne pas être à la hauteur de ses attentes ou de ne pas parvenir à maintenir l’image que l’on a donnée de soi au début de la relation.

Bien entendu, toutes les histoires qui s’arrêtent ne sont pas des histoires sabotées par la peur. On peut rencontrer quelqu’un et constater simplement que l’attirance n’est pas là, que les sentiments ne viennent pas ou que les projets de vie sont incompatibles. Il faut respecter cela. Mais il existe aussi des situations où la peur prend tellement de place qu’elle finit par empêcher une relation d’avoir le temps de se construire.

Nos blessures peuvent entrer avec nous dans une nouvelle histoire

Personne ne commence une nouvelle relation avec une page entièrement blanche. Nous avons tous une histoire. Pour certains, elle contient des blessures anciennes, parfois liées à l’enfance ou à la façon dont ils se sont construits. Pour d’autres, ce sont surtout les expériences de la vie adulte qui ont laissé des traces : un divorce douloureux, une infidélité, un abandon, une relation destructrice, un deuil ou plusieurs histoires qui se sont terminées difficilement.

Après avoir souffert, il est normal de ne plus vouloir revivre la même chose. On devient plus prudent, parfois plus attentif à certains comportements. L’expérience peut nous apprendre à mieux poser nos limites et à comprendre ce qui ne nous convient plus. C’est utile. Mais cette prudence peut aussi devenir tellement importante que chaque nouvelle personne est observée à travers le filtre des anciennes blessures.

Un message moins chaleureux que d’habitude devient inquiétant. Un désaccord fait craindre une relation conflictuelle. Une différence de caractère prend immédiatement des proportions considérables. Une personne un peu moins disponible pendant quelques jours fait ressurgir la peur d’être délaissé. On ne regarde alors plus seulement ce qui se passe aujourd’hui : on anticipe déjà ce qui pourrait se passer demain.

C’est là que la peur peut provoquer exactement ce que l’on voulait éviter. Par peur d’être quitté, on quitte le premier. Par peur d’être déçu, on prend ses distances. Par peur de souffrir davantage dans quelques mois, on arrête une relation aujourd’hui. La décision donne momentanément le sentiment de reprendre le contrôle : puisque c’est moi qui pars, je ne pourrai pas être abandonné. Mais elle peut aussi mettre fin à une histoire qui n’avait encore rien montré de réellement inquiétant.

La personne que nous rencontrons aujourd’hui n’est pourtant pas responsable de ce que d’autres nous ont fait vivre. Apprendre de son passé est nécessaire. Demander à chaque nouvelle personne de répondre de ce passé peut, au contraire, devenir un obstacle à une nouvelle relation amoureuse.

« Est-ce que je suis suffisamment bien pour elle ou pour lui ? »

La peur d’aimer peut également être liée à l’image que l’on a de soi. Je le constate notamment chez certains hommes qui rencontrent une femme qui leur plaît beaucoup et commencent, assez rapidement, à douter d’eux-mêmes. Ils la trouvent intéressante, séduisante, cultivée, indépendante ou accomplie et une question apparaît : « Est-ce que je suis vraiment à la hauteur ?  »

Les femmes peuvent naturellement éprouver la même insécurité. La manière de l’exprimer sera différente selon les personnes, leur histoire et leur personnalité. Certains ont connu des échecs qui ont fragilisé leur confiance. D’autres ont longtemps vécu avec l’impression qu’ils devaient prouver leur valeur pour être aimés.

La tentation peut alors être grande de se présenter sous une image particulièrement avantageuse. Au début d’une relation, nous essayons tous naturellement de montrer le meilleur de nous-mêmes. Nous faisons attention à notre apparence, à nos paroles et à notre comportement. Il n’y a rien d’anormal à cela. Le problème commence lorsque l’on ne montre plus seulement le meilleur de soi, mais que l’on construit une version de soi qui ne correspond pas vraiment à la réalité.

On veut paraître plus sûr de soi que l’on ne l’est, plus disponible, plus facile à vivre, plus indépendant, plus généreux ou plus solide. On cache ses fragilités parce que l’on pense qu’elles pourraient déplaire. Puis, lorsque l’autre commence à s’attacher, une nouvelle peur apparaît : «  Que va-t-il se passer lorsqu’elle découvrira qui je suis vraiment ? »

C’est pourquoi l’authenticité est si importante dès les premières rencontres. Être authentique ne signifie pas exposer toute sa vie, ses blessures et ses difficultés au premier rendez-vous. Il ne s’agit pas davantage de se dévaloriser. Il s’agit simplement de ne pas chercher à devenir quelqu’un d’autre pour être aimé.

Les femmes ne recherchent pas des héros, pas plus que les hommes ne recherchent des femmes parfaites. Nous avons tous des qualités, des faiblesses, des moments de confiance et d’autres où nous doutons davantage. Une relation sérieuse ne peut pas se construire durablement sur la nécessité de maintenir un personnage.

On ne peut pas demander à quelqu’un de nous aimer pour ce que nous sommes si nous ne lui montrons pas qui nous sommes.

Quand tout va bien… et que c’est justement cela qui fait peur

La peur de l’amour apparaît parfois à un moment assez surprenant : lorsque la relation commence justement à bien fonctionner.

Au début, deux personnes font connaissance. Elles se voient, passent de bons moments ensemble et découvrent progressivement leurs personnalités. Chacun continue parallèlement sa vie. Puis quelque chose change. On commence à attendre le prochain rendez-vous avec davantage d’impatience. Un message fait plaisir. L’autre nous manque. On commence à imaginer des projets ou simplement à souhaiter qu’il prenne davantage de place dans notre quotidien.

Tant que la relation était légère, le risque émotionnel semblait limité. Mais dès que l’on commence réellement à tenir à quelqu’un, on prend également conscience que l’on pourrait le perdre.

Certaines personnes commencent alors à se protéger précisément au moment où elles devraient accepter de laisser la relation évoluer. Elles deviennent plus distantes, cherchent davantage les défauts de l’autre, interprètent des détails qui jusque-là ne les gênaient pas ou trouvent soudainement de nombreuses raisons pour lesquelles l’histoire risque de ne pas fonctionner.

Parfois, la pensée est très simple : « Si je m’attache encore davantage et que cette histoire s’arrête, je vais souffrir.  » Alors on arrête avant.

On croit éviter une souffrance future en provoquant soi-même la séparation présente. Mais vouloir aimer sans jamais courir le risque d’être touché, déçu ou triste est difficilement compatible avec une relation profonde. Il n’existe aucune garantie sentimentale. Aucun homme, aucune femme, aucune agence de rencontres ne peut promettre qu’une relation ne prendra jamais fin.

On peut avancer progressivement. On peut observer si les actes correspondent aux paroles. On peut prendre son temps, communiquer, conserver ses limites et apprendre à connaître réellement l’autre. Mais il arrive un moment où aimer suppose d’accepter une part que l’on ne maîtrise pas.

La peur de se remettre en question

Une relation peut également faire peur parce qu’elle nous oblige parfois à regarder certaines choses chez nous que le célibat nous permettait de ne plus interroger.

Lorsque l’on vit seul depuis plusieurs années, on organise naturellement sa vie comme on le souhaite. On choisit ses horaires, ses activités, ses vacances, ses habitudes, la place de ses amis ou de sa famille. On n’a pas nécessairement à tenir compte quotidiennement des besoins d’un partenaire. Puis quelqu’un arrive.

Construire une relation ne signifie pas renoncer à sa personnalité ni abandonner tout ce que l’on aime. Mais cela suppose de faire une place à une autre personne. Et faire une place à quelqu’un implique parfois des compromis.

L’autre peut aussi nous dire qu’une attitude l’a blessé, qu’il aurait souhaité davantage d’attention ou qu’il ne comprend pas notre manière de réagir. Ce n’est pas toujours agréable à entendre. Certaines personnes répondent immédiatement : «  Je suis comme ça », «  À mon âge, je ne changerai plus  » ou «  Si elle m’aime vraiment, elle doit m’accepter comme je suis ».

Bien sûr, aimer quelqu’un ne consiste pas à vouloir refaire sa personnalité. Mais « être soi-même » ne peut pas devenir une justification pour ne jamais tenir compte de l’autre. Dans un couple, nous sommes deux individus avec nos personnalités, mais nous construisons également quelque chose ensemble. Cette relation devient en quelque sorte une troisième entité dont chacun doit prendre soin.

Se remettre en question ne signifie pas se renier. Reconnaître que l’on a mal parlé, que l’on aurait pu mieux écouter ou que certaines habitudes doivent être adaptées ne diminue pas notre valeur. Cela signifie simplement que nous acceptons de regarder notre propre comportement autant que celui de l’autre. Or cela aussi peut faire peur.

Se protéger, oui. Fermer toutes les portes, non.

Il faut cependant être très prudent lorsque l’on parle de peur d’aimer ou de peur de l’engagement. Ces expressions ne doivent jamais servir à expliquer toutes les ruptures.

Une personne qui ne souhaite pas poursuivre une relation n’est pas nécessairement quelqu’un qui « fuit parce qu’elle a peur d’aimer  ». Elle peut simplement ne pas éprouver suffisamment de sentiments ou d’attirance. Elle peut découvrir une incompatibilité importante ou comprendre que cette relation ne correspond pas à ce qu’elle souhaite.

De la même manière, laisser une chance à l’amour ne signifie jamais accepter l’inacceptable. Des mensonges répétés, un manque de respect, des comportements violents, des paroles humiliantes, des intentions qui ne correspondent pas aux nôtres ou une incompatibilité fondamentale concernant le projet de vie ne doivent pas être minimisés sous prétexte qu’il faudrait «  dépasser ses peurs ».

La véritable difficulté est ailleurs : apprendre à distinguer ce qui constitue réellement un problème de ce que notre peur nous fait imaginer.

Est-ce que cette personne ne me convient véritablement pas, ou suis-je en train de chercher tout ce qui pourrait ne pas fonctionner ? Est-ce que je n’ai réellement plus envie de la voir, ou est-ce que je prends peur parce que je commence justement à m’attacher ? Est-ce qu’elle me demande de devenir quelqu’un que je ne suis pas, ou simplement de faire une place à la relation ? Est-ce que je suis en train d’observer ce qui se passe réellement entre nous, ou de prévoir ce qui pourrait arriver dans six mois ?

Il n’existe pas une réponse valable pour tout le monde. Mais prendre le temps de se poser ces questions peut parfois éviter de mettre fin trop rapidement à une histoire.

Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup de célibataires qui étaient partagés entre deux désirs profondément humains : celui d’aimer et celui de ne plus souffrir. Après une rupture ou plusieurs déceptions, le second peut prendre tellement de place qu’il finit par empêcher le premier.

Pourtant, une nouvelle personne n’est pas notre ancienne histoire.

Elle ne pourra jamais nous promettre que nous ne souffrirons pas. Nous ne pouvons pas davantage lui demander de réparer toutes les blessures laissées par ceux qui l’ont précédée. Mais nous pouvons lui laisser le temps de nous montrer qui elle est. Nous pouvons avancer progressivement, observer, parler, écouter et nous montrer nous-mêmes avec davantage de vérité.

La peur peut être utile lorsqu’elle nous avertit d’un véritable danger. Mais lorsqu’elle décide systématiquement à notre place, elle peut finir par couper les jambes à une relation avant même qu’elle ait eu le temps de trouver son équilibre.

Se protéger après avoir souffert est humain. Mais si la protection devient un mur derrière lequel personne ne peut plus entrer, elle ne nous protège plus seulement de la souffrance. Elle nous protège aussi de la possibilité d’aimer.

Béatrice Paul
Fondatrice de L’Agence L’Oasis

Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes célibataires dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. À L’Agence L’Oasis, agence de rencontres sérieuses en Bretagne, mon approche repose sur l’écoute, la connaissance des personnes et la compréhension de leurs attentes afin de favoriser des rencontres cohérentes avec leur personnalité, leurs valeurs et leur projet de vie.