Lorsque j’ai créé L’Agence L’Oasis en 2016, les sites de rencontres étaient déjà largement installés et les applications prenaient une place de plus en plus importante dans la vie des célibataires. À l’époque, certains pouvaient penser que les agences matrimoniales appartenaient au passé et qu’Internet allait progressivement les faire disparaître. Pourquoi pousser la porte d’une agence lorsqu’il suffit de quelques minutes pour créer un profil et avoir accès à des centaines, voire des milliers de personnes ?

Dix ans plus tard, la question se pose presque à l’envers. Les sites et applications existent toujours et des couples s’y forment parfois. Mais je rencontre régulièrement des femmes et des hommes qui les ont utilisés pendant des mois ou des années et qui viennent me voir parce qu’ils souhaitent désormais rencontrer autrement. Ils ne me disent pas forcément qu’ils manquent de possibilités. Beaucoup me disent au contraire qu’ils ont vu énormément de profils, échangé avec beaucoup de personnes, parfois multiplié les rendez-vous, mais qu’ils sont fatigués de chercher, de trier, de recommencer et de ne pas toujours savoir qui se trouve réellement derrière un écran.

C’est peut-être l’un des grands changements que j’ai observés dans le monde de la rencontre : avoir davantage de possibilités ne signifie pas nécessairement rencontrer plus facilement la personne avec laquelle on pourra construire.

Quand avoir beaucoup de choix ne suffit plus

Internet a profondément transformé la rencontre. Il a permis à des personnes qui ne se seraient probablement jamais croisées de se découvrir et il reste aujourd’hui un moyen de rencontre parmi d’autres. Je n’oppose donc pas systématiquement les applications aux agences. Ce sont simplement deux façons très différentes de chercher quelqu’un.

Sur une application, le célibataire effectue lui-même une grande partie du travail. Il crée son profil, choisit ses photographies, consulte celles des autres, sélectionne, échange, essaie de comprendre les intentions de son interlocuteur puis décide éventuellement d’organiser une rencontre. Cette liberté peut parfaitement convenir à certaines personnes. Mais elle demande du temps, de la disponibilité et une capacité à recommencer régulièrement lorsque les échanges n’aboutissent pas.

Depuis des années, les personnes que je reçois me parlent aussi de ce qui les a lassées : conversations qui disparaissent brutalement, photographies anciennes ou peu représentatives, profils qui ne correspondent pas à la réalité, intentions ambiguës, rendez-vous annulés ou personnes qui semblent constamment chercher mieux ailleurs. Ce sont les témoignages des célibataires qui arrivent dans mon agence ; je ne prétends pas qu’ils décrivent l’expérience de tous ceux qui utilisent Internet. Mais leur répétition au fil des années dit quelque chose des raisons pour lesquelles certains souhaitent changer de méthode.

Il y a aussi cette impression de choix permanent. Lorsque des dizaines de nouveaux profils restent accessibles, pourquoi s’attarder sur celui qui ne correspond pas immédiatement à tous nos critères ? Une taille, un âge, une photographie ou une profession peuvent suffire pour passer au suivant. On croit sélectionner davantage alors que l’on peut aussi, sans s’en rendre compte, réduire de plus en plus le champ de la rencontre.

C’est un sujet que j’aborde dans mes articles consacrés à l’idéal amoureux. Nous pouvons avoir une représentation très précise de la personne dont nous pensons qu’elle pourrait nous rendre heureux. Or une personne réelle ne se résume jamais à une photographie et à quelques informations.

Alors, à quoi sert encore une agence de rencontres ?

C’est probablement la question essentielle. Si chacun peut chercher seul, quelle est aujourd’hui la valeur d’une agence de rencontres sérieuses ?

Pour moi, elle commence par quelque chose de très simple : je rencontre les personnes.

Je ne travaille à l’aide d’un entretien approfondi, qui me permet de connaître le parcours de la personne, son caractère, son mode de vie, ce qu’elle a vécu, ce qu’elle recherche aujourd’hui et ce qu’elle ne souhaite plus vivre. Nous parlons évidemment d’âge, de situation familiale, de mobilité, de travail, de centres d’intérêt et d’attirance physique, mais une rencontre sérieuse ne peut pas être réduite à l’addition de ces critères.

J’ai d’ailleurs reçu au fil des années des célibataires qui arrivaient avec un véritable portrait-robot de leur partenaire idéal. Il fallait qu’il ou elle ait tel âge, telle taille, tel physique, telle situation, parfois telle profession ou tel niveau social. Au cours de l’entretien, nous reprenons ces éléments et j’essaie de comprendre ce qu’ils signifient réellement.

Une femme qui demande un homme très actif cherche-t-elle nécessairement un grand sportif ou souhaite-t-elle surtout un compagnon qui ait envie de sortir, voyager et partager des activités ? Un homme qui souhaite rencontrer une femme d’un certain niveau professionnel recherche-t-il un métier précis ou une personne avec laquelle il pourra partager certaines conversations et un mode de vie ? Une limite d’âge correspond-elle véritablement à l’attirance ou à l’idée que l’on se fait du dynamisme d’une personne ?

Mon travail n’est pas de supprimer les critères ni de décider à la place de quelqu’un de la personne qu’il devrait aimer. Il consiste à comprendre ce qui est essentiel et ce qui l’est moins.

Et il m’est arrivé plus d’une fois de constater que la personne avec laquelle une relation se construisait finalement ne ressemblait pas vraiment au portrait idéal décrit lors du premier entretien. C’est aussi cela, la rencontre humaine : elle conserve une part que l’on ne peut pas prévoir sur le papier.

Une sélection humaine n’est pas un algorithme

La technologie peut évidemment être utile dans mon métier. Elle permet d’organiser les informations, de gérer les dossiers et de rechercher certains critères. Certaines agences utilisent également des systèmes de matching ou des algorithmes de compatibilité. Cela peut donner l’impression d’une sélection extrêmement précise : plusieurs critères correspondent, le pourcentage de compatibilité est élevé, les deux personnes devraient donc bien s’entendre.

Mais aucune machine ne connaît réellement la personne parce qu’elle a traité ses réponses à un questionnaire.

Une fiche peut m’indiquer qu’un homme a 58 ans, qu’il aime voyager, qu’il est cadre, qu’il ne fume pas et qu’il souhaite rencontrer une femme dynamique. Elle ne me dira pas comment il parle de ses anciennes relations, s’il est réellement disponible pour construire une nouvelle histoire, ce qu’il entend par « femme dynamique », quelle place il souhaite donner à une compagne ou quelles contradictions peuvent exister entre ce qu’il affirme rechercher et ce qu’il a choisi jusqu’à présent.

C’est pour cela que je reste attachée à l’entretien et à la connaissance des personnes. La machine peut traiter la demande. L’humain peut la questionner.

Cela ne signifie pas davantage que je peux prévoir une histoire d’amour. Je peux sélectionner deux personnes dont les attentes, la personnalité, les valeurs et le mode de vie me paraissent suffisamment cohérents pour qu’une rencontre ait du sens. Je peux créer les conditions de cette rencontre. Mais je ne peux pas programmer l’attirance, le désir de se revoir ou les sentiments. Et heureusement.

Une agence de rencontres ne signifie plus nécessairement mariage

Le mot « agence matrimoniale » existe toujours et il reste compris de tous, mais il ne décrit plus complètement la réalité des personnes que je reçois. La plupart ne viennent pas me voir en disant : « Je veux me marier. » Elles me disent : « Je souhaite rencontrer quelqu’un avec qui construire une relation sérieuse. »

C’est très différent.

Je rencontre des célibataires, des personnes divorcées et des veufs ou veuves. Certains ont une trentaine ou une quarantaine d’années et souhaitent construire une vie à deux, parfois avoir des enfants. D’autres ont 50 ou 60 ans, ont déjà vécu une longue relation et veulent écrire un nouveau chapitre de leur vie. D’autres encore sont retraités, ont des enfants et des petits-enfants et souhaitent simplement retrouver un compagnon ou une compagne avec qui partager les années à venir.

L’amour ne s’arrête pas à un âge déterminé. Les attentes évoluent, en revanche. À 35 ans, la question des enfants peut être centrale. À 55 ans, il peut s’agir de concilier deux vies déjà bien installées. À 70 ans, chacun peut souhaiter conserver son logement et son autonomie tout en construisant une véritable relation. Il n’existe donc pas un seul modèle de couple réussi.

C’est également pour cette raison qu’une agence de rencontres sérieuses doit évoluer avec son époque. Son rôle n’est plus de conduire nécessairement deux personnes au mariage, mais de comprendre le projet relationnel de chacune et de rechercher quelqu’un dont les attentes peuvent réellement s’accorder avec ce projet.

Ce que l’on recherche parfois, c’est simplement de ne plus chercher seul

Pousser la porte d’une agence reste une démarche particulière. Certaines personnes hésitent longtemps. Elles peuvent avoir l’impression qu’elles devraient réussir à rencontrer seules, craindre le regard des autres ou conserver une image ancienne de l’agence matrimoniale. Pourtant, demander l’intervention d’un professionnel pour sa recherche amoureuse ne signifie pas que l’on est incapable de rencontrer.

Cela signifie parfois simplement que l’on ne souhaite plus consacrer son énergie à chercher seul.

Lorsque quelqu’un s’adresse à moi, je prends en charge une partie de ce travail : connaître la personne, comprendre sa recherche, vérifier les éléments nécessaires du dossier, sélectionner des profils, organiser les rendez-vous et suivre les rencontres. Les personnes que je présente ont une identité, une situation matrimoniale et un domicile vérifiés. Elles ont également fait la démarche de venir me rencontrer et d’expliquer ce qu’elles recherchent.

Cette différence est importante. Je préfère organiser moins de rencontres mais pouvoir expliquer pourquoi je pense que deux personnes devraient se découvrir. La quantité ne m’intéresse pas si elle ne produit qu’une succession de rendez-vous sans cohérence.

Il arrive naturellement qu’une rencontre n’aboutisse pas. Deux personnes peuvent avoir beaucoup de points communs et ne ressentir aucune attirance. Elles peuvent passer un moment agréable sans avoir envie d’aller plus loin. Une agence sérieuse a une obligation de moyens, pas une capacité à fabriquer des sentiments.

En revanche, lorsque la sélection est faite à partir de personnes réellement connues, la rencontre ne commence plus tout à fait de la même manière. Il ne s’agit plus de choisir seul parmi des centaines de profils, mais d’accepter de découvrir quelqu’un parce qu’un travail préalable a permis de penser que cette rencontre pouvait avoir du sens.

C’est peut-être finalement la raison pour laquelle les agences de rencontres n’ont pas disparu avec Internet.

La technologie nous a donné accès à davantage de personnes. Elle n’a pas supprimé notre besoin d’être compris, rassuré, conseillé et parfois aidé à regarder autrement ceux que nous pourrions rencontrer.

Après dix ans dans ce métier, je ne pense pas que l’avenir de la rencontre consiste à opposer systématiquement la technologie et l’humain. Les outils continueront d’évoluer et auront leur utilité. Mais lorsqu’il s’agit de comprendre une personne, son parcours, ses contradictions, ses attentes et ce qui pourrait réellement lui convenir, je reste convaincue qu’une relation humaine ne se résume pas à des données.

On peut disposer de milliers de profils sur un écran et avoir encore besoin d’une personne capable de nous dire : « Je l’ai rencontré(e), je connais son parcours et je pense que vous devriez prendre le temps de vous découvrir. »

C’est là, pour moi, que commence le véritable métier d’une agence de rencontres sérieuses.

Béatrice Paul
Fondatrice de L’Agence L’Oasis

Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes célibataires dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. À L’Agence L’Oasis, agence de rencontres sérieuses en Bretagne, mon approche repose sur la connaissance des personnes, la sélection des profils, la vérification des informations et un accompagnement humain et personnalisé. Les réflexions et conseils publiés sur ce blog s’appuient sur mon expérience de terrain et sur les nombreuses personnes rencontrées au fil des années.