La sologamie est sans doute l’une des tendances les plus surprenantes apparues ces dernières années. Venue des États-Unis, elle consiste à organiser une véritable cérémonie de mariage… avec soi-même. Robe blanche, alliances, invités, photos, parfois même voyage de noces : tout y est, à l’exception d’un élément qui, à mes yeux, donne pourtant tout son sens au mariage… l’autre.
Je dois reconnaître que cette pratique me laisse perplexe. Non pas parce que chacun est libre de vivre comme il l’entend, mais parce qu’elle soulève une question beaucoup plus profonde que son apparence insolite. Comment notre société en est-elle arrivée à considérer qu’un mariage puisse se célébrer sans rencontre, sans partage et sans engagement envers une autre personne ?
Les personnes qui choisissent la sologamie expliquent souvent qu’il s’agit d’un acte d’amour envers elles-mêmes, d’une manière d’affirmer leur indépendance ou de célébrer leur parcours personnel. Je comprends parfaitement l’importance de l’estime de soi. Je rencontre des femmes et des hommes qui ont dû apprendre à se reconstruire après une séparation, une déception ou parfois plusieurs échecs amoureux. Retrouver confiance en soi est indispensable. Personne ne devrait attendre d’une relation qu’elle répare toutes ses blessures ou qu’elle donne enfin un sens à sa vie.
Mais s’aimer soi-même ne signifie pas renoncer à l’autre.
Depuis plus de dix ans, j’accompagne des célibataires de tous âges. Beaucoup vivent seuls depuis plusieurs années. Ils ont une vie professionnelle, des amis, des passions, une famille et savent parfaitement être heureux sans dépendre de quelqu’un. Pourtant, lorsqu’ils viennent vers moi, ce n’est pas parce qu’ils refusent la solitude à tout prix. C’est parce qu’ils savent qu’une vie peut être belle seul… mais qu’elle peut aussi devenir plus riche lorsqu’elle est partagée avec la bonne personne.
À mon sens, c’est là que réside toute la différence. Être autonome est une force. Choisir de ne plus laisser de place à l’autre parce que l’on a peur d’être déçu est une toute autre démarche. À force d’entendre que l’on ne peut compter que sur soi-même, que l’amour fait souffrir ou qu’il vaut mieux ne plus prendre de risques, certains finissent par croire que la meilleure solution consiste à ne plus attendre personne.
Je ne partage pas cette vision. Bien sûr, la vie de couple n’est pas un long fleuve tranquille. Elle demande de la patience, du respect, des compromis, de la communication et parfois beaucoup d’humilité. Deux personnes ne pensent jamais exactement de la même manière et c’est précisément cette différence qui les fait grandir. Aimer, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. C’est accueillir l’autre avec son histoire, ses qualités, ses fragilités et construire ensemble quelque chose qui n’existait pas auparavant.
La sologamie me donne parfois le sentiment d’être le reflet d’une époque où la peur de souffrir devient plus forte que le désir d’aimer. Comme si l’on préférait supprimer tout risque plutôt que de continuer à croire en la possibilité d’une belle rencontre. Pourtant, ce sont justement ces rencontres qui donnent souvent une autre dimension à notre existence. Les projets communs, les fous rires, les voyages, les difficultés surmontées ensemble, le soutien dans les moments plus compliqués ou simplement le bonheur de rentrer le soir auprès de quelqu’un qui nous attend ne peuvent pas être remplacés par une cérémonie, aussi symbolique soit-elle.
Chaque année, je vois des femmes et des hommes qui avaient perdu confiance retrouver peu à peu l’envie d’ouvrir à nouveau leur cœur. Ils ne cherchent pas une personne pour les sauver, ni pour les compléter, mais parce qu’ils souhaitent partager leur vie avec quelqu’un qui marchera à leurs côtés. C’est cette vision de l’amour que je continue à défendre.
Finalement, la véritable liberté n’est peut-être pas de décider que l’on n’a besoin de personne. Elle consiste plutôt à être capable de vivre heureux seul tout en restant suffisamment ouvert pour accueillir l’autre lorsqu’une belle rencontre se présente. Car, à mes yeux, le mariage restera toujours la rencontre de deux libertés qui choisissent de construire un chemin commun, et non la célébration d’une solitude, aussi assumée soit-elle.
Béatrice Paul
Fondatrice de L’Agence L’Oasis
Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. Les réflexions et conseils publiés sur ce blog s’appuient sur mon expérience de terrain et sur les nombreuses personnes rencontrées au fil des années.

