Trouver l’amour est une chose. Construire une relation durable en est une autre. Nous parlons beaucoup de la rencontre, du premier rendez-vous, de l’attirance, de la compatibilité et de cette fameuse question : « Est-ce la bonne personne ? » Mais lorsque deux personnes se sont trouvées et ont envie d’avancer ensemble, une autre histoire commence : celle du couple.
J’avais publié en 2017 un article sur les « secrets d’un mariage heureux ». Je m’étais alors appuyée sur les conseils de spécialistes des relations conjugales. Presque dix ans plus tard, j’ai envie de reprendre ce sujet avec un autre regard, nourri à la fois par ma propre expérience de femme et par toutes ces années passées à accompagner des célibataires, à provoquer des rencontres et à voir des couples se former.
Avec le temps, ma vision de la relation a évolué. Je ne crois pas qu’il existe cinq ou dix secrets permettant de garantir un couple heureux, pas plus que je ne pense que l’amour suffise à lui seul à faire durer une relation. En revanche, certaines choses me paraissent aujourd’hui essentielles : la façon dont deux personnes communiquent, la place qu’elles accordent à leur couple, leur capacité à faire des compromis sans se sacrifier, à préserver leur intimité et surtout à continuer à considérer l’autre comme une personne à part entière.
Le couple d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier
Avant de parler de ce qui peut faire durer un couple, il faut reconnaître que le couple lui-même a profondément changé. Les générations précédentes ne construisaient pas toujours leur vie à deux avec les mêmes codes que nous. Pendant longtemps, les rôles étaient beaucoup plus définis : l’homme était généralement celui qui assurait les revenus du foyer tandis que la femme prenait davantage en charge la maison et les enfants. La parole et le pouvoir de décision n’étaient pas non plus répartis de façon aussi égalitaire qu’aujourd’hui.
La société a évolué, et heureusement. Les femmes ont gagné leur autonomie et revendiqué leur droit à être entendues, à travailler, à décider et à exister autrement qu’à travers leur conjoint et leur famille. Mais la place des hommes a changé elle aussi. On n’attend plus simplement d’un homme qu’il soit celui qui contribue aux revenus du foyer. Il participe davantage à la vie domestique et à l’éducation des enfants, et les attentes à son égard sont aussi devenues plus importantes sur le plan émotionnel.
Ces transformations ont rendu la relation plus égalitaire, mais elles demandent aussi aux couples de trouver eux-mêmes leur fonctionnement. Les rôles ne sont plus aussi prédéterminés. Il faut donc davantage parler, décider ensemble, répartir les responsabilités et accepter que l’autre ait autant que soi le droit d’exprimer ce qu’il pense et ce dont il a besoin.
Les femmes ont changé, les hommes aussi, et notre manière de construire une relation de couple ne peut donc plus être exactement celle des générations précédentes.
Être deux et apprendre à construire un « nous »
C’est probablement l’une des choses que mon expérience personnelle et professionnelle m’a le plus appris : un couple est constitué de deux individus, mais ces deux personnes créent ensemble un troisième élément leur couple.
Il y a soi, il y a l’autre et il y a ce « nous » qui doit progressivement trouver sa place. Cela ne signifie absolument pas renoncer à son identité ou devenir dépendant de l’autre. Une relation équilibrée doit permettre à chacun de continuer à exister avec sa personnalité, ses activités et son besoin d’autonomie. Mais on ne peut pas non plus vouloir être en couple tout en refusant que cette relation change quoi que ce soit à notre vie.
Je l’observe particulièrement chez des personnes qui ont vécu seules pendant plusieurs années. Elles souhaitent sincèrement rencontrer quelqu’un, mais elles ont aussi construit une vie dans laquelle tout fonctionne selon leur propre rythme. Lorsqu’une relation commence, il faut soudain faire une place à une autre personne. C’est parfois beaucoup plus difficile qu’on ne l’imaginait lorsque l’on était célibataire.
C’est là qu’intervient le compromis. Je préfère ce mot à celui d’effort. Une relation saine ne devrait pas être un effort permanent ni une lutte pour supporter l’autre. En revanche, faire couple demande des compromis et des ajustements réciproques. Si chacun reste exclusivement centré sur son fonctionnement personnel, le « nous » aura beaucoup de mal à exister.
Communiquer pour se comprendre, pas pour avoir raison
Faire des ajustements suppose évidemment de pouvoir se parler. Et ma propre expérience m’a appris que l’on peut aimer quelqu’un sans toujours savoir communiquer avec lui. On peut être persuadé d’avoir été très clair alors que l’autre a entendu quelque chose de complètement différent. On peut attendre qu’il comprenne spontanément ce dont nous avons besoin et lui reprocher ensuite de ne pas l’avoir deviné.
La communication dans le couple ne consiste pas seulement à parler. Il faut également savoir écouter.
Deux personnes ne peuvent pas être d’accord sur tout. Elles ont des histoires différentes, des caractères différents et parfois une perception complètement différente d’une même situation. Cela ne signifie pas que l’une a raison et que l’autre a tort. Un désaccord n’est pas nécessairement une crise de couple.
C’est ici que la communication non violente peut être particulièrement utile. Elle permet d’exprimer ce que l’on ressent et ce dont on a besoin sans transformer immédiatement l’autre en accusé. On peut dire que quelque chose nous blesse, nous agace ou ne nous convient pas sans chercher à humilier ou à culpabiliser.
Avec la maturité, j’ai compris que vouloir gagner une discussion est souvent une bien mauvaise façon de régler un problème de couple. Écouter n’est pas céder et faire une concession n’est pas perdre. Lorsque l’un gagne systématiquement et que l’autre doit toujours s’incliner, c’est généralement le couple qui finit par perdre.
Continuer à regarder la personne que l’on a choisie
Au début d’une relation amoureuse, nous sommes extrêmement attentifs à l’autre. Nous avons envie de le découvrir, de comprendre ce qu’il pense et de savoir comment il se sent. Puis les mois et les années passent, le quotidien s’installe et quelque chose peut progressivement changer.
On croit connaître l’autre.
Les conversations deviennent plus pratiques et tournent davantage autour de l’organisation de la vie quotidienne. On partage beaucoup de choses, mais on ne se raconte parfois plus grand-chose. Le couple fonctionne, mais fonctionner ensemble n’est pas exactement la même chose qu’être encore véritablement en relation.
Or personne n’est définitivement connu. Nous changeons tout au long de notre vie. La personne avec laquelle nous vivons depuis dix ou vingt ans a évolué et nous aussi. Faire durer son couple, c’est aussi conserver une curiosité pour celui ou celle qui partage notre vie et ne pas considérer que nous savons désormais tout de lui ou d’elle.
Avec le temps, nous avons également tendance à nous habituer très rapidement aux qualités. Ce qui nous touchait énormément au début finit par nous sembler normal, tandis qu’une petite habitude agaçante peut devenir de plus en plus visible. Il ne s’agit évidemment pas d’idéaliser son partenaire ou de fermer les yeux sur un comportement qui fait souffrir, mais de savoir distinguer ce qui est réellement important de ces imperfections ordinaires que nous possédons tous.
Je l’ai appris moi aussi : avec les années, certaines choses auxquelles nous accordions énormément d’importance deviennent finalement secondaires, tandis que d’autres prennent une valeur beaucoup plus grande. La maturité permet parfois de regarder l’autre avec davantage de réalisme, sans pour autant cesser de voir ce qui est beau chez lui.
Ne pas laisser le quotidien faire disparaître le couple
Puis vient la vie, avec tout ce qu’elle comporte. Les enfants peuvent prendre énormément de place, et c’est parfaitement normal lorsqu’ils sont petits. Le travail peut devenir très prenant. À d’autres périodes, ce sont les problèmes familiaux, les parents vieillissants ou simplement la fatigue et les obligations quotidiennes qui absorbent notre disponibilité.
Il existe forcément des moments où le couple passe momentanément au second plan. Le problème apparaît lorsqu’il y reste pendant des années.
Concernant les enfants, je crois qu’il faut notamment veiller à ne pas devenir uniquement des parents. Un jour, ils grandissent et construisent leur propre vie. Lorsque le foyer se vide, les deux personnes doivent encore savoir pourquoi elles ont envie d’être ensemble.
Préserver son couple ne signifie pas organiser sans cesse des soirées romantiques ou vivre collés l’un à l’autre. C’est simplement continuer à lui réserver une vraie place et ne pas lui donner systématiquement ce qu’il reste de notre temps et de notre énergie une fois que tout le reste a été fait.
Préserver la tendresse, le désir et l’intimité
Mon article de 2017 abordait également la sexualité avec une vision très différenciée des besoins des hommes et des femmes. Je ne le présenterais plus ainsi aujourd’hui. Chaque personne est différente et chaque couple possède sa propre intimité.
La sexualité évolue avec les années, les différentes étapes de la vie, la fatigue et le quotidien. Il n’existe pas de fréquence idéale permettant de déterminer si un couple est heureux. Ce qui me paraît beaucoup plus important est de pouvoir parler de l’intimité sans pression, sans honte et sans reproche.
Et l’intimité ne se résume pas à la sexualité. Elle existe aussi dans la tendresse, le désir de proximité et dans cette façon particulière de continuer à se regarder comme un homme et une femme qui se sont choisis, et pas uniquement comme deux personnes qui partagent une maison, des factures ou une organisation familiale.
Lorsque cette proximité disparaît, il faut pouvoir en parler. Là encore, on revient à la communication, parce que beaucoup de difficultés s’aggravent précisément lorsqu’elles restent silencieuses.
Un couple a besoin d’un présent, mais aussi d’un futur
Enfin, je remarque souvent chez les couples qui semblent heureux dans la durée qu’ils continuent à avoir envie de quelque chose ensemble. Il n’est pas nécessaire de faire de grands projets. Ce qui compte est de ne pas laisser la relation devenir uniquement la répétition du quotidien.
Continuer à imaginer quelque chose à deux entretient une dynamique. Cela peut évoluer au fil de la vie et des âges. Les projets d’un couple de 30 ans ne seront évidemment pas les mêmes que ceux d’un couple de 60 ou 70 ans, mais l’envie de partager quelque chose demain reste importante.
Cela ne signifie pas tout faire ensemble. Je crois au contraire qu’un couple heureux et équilibré laisse à chacun suffisamment d’espace pour continuer à exister personnellement. Toute la difficulté consiste justement à trouver cet équilibre : le « nous » ne doit pas engloutir le « je », mais le « je » ne doit pas non plus prendre tellement de place que le « nous » disparaisse.
Aimer est un sentiment, faire couple est une construction
Avec mon propre parcours et après toutes ces années passées dans le domaine de la rencontre, ma façon d’envisager l’amour a forcément évolué. Je ne suis plus la même femme qu’il y a vingt ou trente ans et je sais aujourd’hui qu’il n’existe pas de couple parfait ni de recette garantissant une relation durable.
Dans mon métier, je peux réfléchir à la compatibilité de deux personnes, tenir compte de leur personnalité et de leur mode de vie, organiser leur rencontre et les accompagner lorsqu’une relation commence. Mais ensuite, cette histoire leur appartient. Personne ne peut construire leur couple à leur place.
C’est probablement la conviction la plus importante que je retire à la fois de mon expérience personnelle et professionnelle : aimer quelqu’un est un sentiment, faire couple est une construction.
Cette construction ne devrait pas être une succession d’efforts. Elle repose davantage sur la capacité de deux personnes à communiquer, à trouver des compromis, à respecter leurs différences et à continuer à faire une place à leur relation sans renoncer à elles-mêmes.
Le couple a changé parce que la société a changé. Les femmes ont davantage pris leur place, les hommes ont dû redéfinir la leur et nous attendons aujourd’hui beaucoup plus d’une relation que les générations précédentes. C’est certainement plus complexe, mais cela nous donne aussi la possibilité de construire des relations plus libres, plus égalitaires et davantage choisies.
Une relation ne devrait donc jamais être considérée comme définitivement acquise. Non pas parce qu’il faudrait vivre dans la peur de perdre l’autre, mais parce qu’un couple est vivant. Il évolue avec les deux personnes qui le composent.
Prendre soin d’une relation durable, c’est finalement permettre à deux individualités de continuer à grandir tout en faisant vivre cette troisième dimension qu’elles ont décidé de créer ensemble : leur couple.
Et vous ? Votre façon d’aimer et de vivre en couple a-t-elle changé avec les années ? Qu’est-ce que votre propre expérience vous a appris sur ce qui fait durer une relation ?
Béatrice Paul
Fondatrice de L’Agence L’Oasis – Agence de rencontres sérieuses en Bretagne
Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. Je partage sur ce blog mes observations de terrain et mes réflexions sur les rencontres amoureuses, la communication dans le couple et la construction d’une relation durable.
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