En 2022, j’avais publié sur ce blog un article consacré à Tinder. À l’époque, le Finistère avait même été présenté dans la presse comme l’un des départements français où l’application était particulièrement utilisée. Quatre ans plus tard, ce classement m’intéresse finalement beaucoup moins que ce que les applications ont changé dans notre manière de rencontrer quelqu’un. Elles ont considérablement élargi le nombre de personnes auxquelles un célibataire peut avoir accès, mais elles ont aussi installé une nouvelle façon de choisir : on regarde, on sélectionne, on élimine, on compare et on passe au profil suivant. Même lorsqu’une personne nous plaît, une pensée peut s’installer : « Il est bien… elle me plaît… mais peut-être que le prochain ou la prochaine sera encore mieux. »
Avoir le choix est une chose. Mais avoir constamment l’impression qu’une autre possibilité nous attend juste après peut finir par nous empêcher de nous arrêter suffisamment longtemps sur quelqu’un. Je le constate aussi dans mon métier. Il m’est arrivé qu’après une rencontre qui s’était pourtant bien passée, un adhérent ou une adhérente me dise : « Il est bien » ou « Elle est très bien », puis me demande presque aussitôt qui je pourrais lui présenter ensuite. Je pose alors une question toute simple : pourquoi vouloir déjà rencontrer quelqu’un d’autre puisque cette personne vous plaît ? Bien sûr, il ne s’agit pas de s’engager après un premier rendez-vous. Mais pourquoi ne pas la revoir et découvrir ce qui pourrait se passer ? On dit que le mieux est l’ennemi du bien ; dans la rencontre amoureuse actuelle, cette expression prend tout son sens.
Une photographie ne raconte pas une personne
Les applications nous ont également habitués à décider très vite à partir d’une photographie. Or, depuis dix ans que je fais ce métier, je sais à quel point une photo raconte peu de choses. Certaines personnes sont très photogéniques et dégagent finalement beaucoup moins de charme lorsqu’on les rencontre. Pour d’autres, c’est exactement l’inverse. Elles ne sont pas particulièrement mises en valeur sur une image et deviennent séduisantes dès qu’elles parlent, sourient ou commencent à échanger. Une photographie ne donne ni la voix, ni le rire, ni la gestuelle, ni l’humour, ni la douceur d’un regard. Elle ne montre pas non plus la façon d’écouter ou cette présence difficile à expliquer que certaines personnes dégagent naturellement.
C’est justement quelque chose que j’ai appris dans mon agence. Au début de mon activité, je donnais les coordonnées plus tôt afin que les deux personnes puissent organiser leur rendez-vous. Très souvent, elles finissaient par communiquer avant la rencontre et par s’échanger des photos. Cela me paraissait assez naturel, jusqu’à ce que j’en observe les conséquences. Certaines rencontres que j’avais préparées avec attention n’avaient finalement pas lieu parce qu’une photographie n’avait pas convaincu. Dans d’autres cas, les personnes avaient tellement échangé avant de se voir qu’elles arrivaient avec une représentation déjà construite de l’autre. Il restait finalement peu de place pour la découverte.
J’ai donc changé ma façon de travailler. Aujourd’hui, je prépare moi-même le rendez-vous, le lieu et l’heure, et le numéro de téléphone est transmis très peu de temps avant la rencontre, généralement entre une demi-heure et deux heures selon la distance. Les deux personnes n’ont pas passé plusieurs jours et même semaines, à discuter, à s’envoyer des photographies ou à imaginer celle ou celui qu’elles vont rencontrer. Elles arrivent au rendez-vous et se découvrent réellement. Avec les années, j’ai constaté quelque chose de très intéressant : **j’ai commencé à former davantage de couples lorsque les personnes ne se voyaient plus et ne communiquaient plus avant leur première rencontre.** Ce n’est pas une étude scientifique et je ne prétends pas en faire une vérité générale. C’est simplement un constat suffisamment régulier dans mon activité pour avoir changé durablement ma manière de travailler.
Laisser encore une place à la rencontre
Cela ne signifie évidemment pas que je présente n’importe qui à n’importe qui. C’est même tout le contraire. Mon travail consiste à effectuer cette sélection en amont en tenant compte de la personnalité, de l’âge, du mode de vie, des valeurs, de la situation, du projet de couple et de certains critères physiques lorsqu’ils ont réellement de l’importance pour la personne. Mais lorsque j’estime que deux personnes ont suffisamment d’éléments pour avoir intérêt à se découvrir, je préfère qu’elles se rencontrent plutôt qu’elles se choisissent sur photo.
Après, la rencontre leur appartient. Il peut ne rien se passer, et cela fait partie du jeu. Il peut y avoir une attirance immédiate. Mais il peut aussi simplement y avoir une conversation agréable, une curiosité, l’envie de se revoir sans savoir encore exactement pourquoi. Toutes les histoires ne commencent pas par un coup de foudre et je crois que nous avons parfois oublié cela. À force de pouvoir décider très vite si quelqu’un nous plaît ou non, nous risquons de demander à la rencontre réelle la même immédiateté qu’à un écran.
Je ne vais pas pour autant faire le procès de Tinder ou des applications de rencontre. Des couples s’y rencontrent et certaines histoires durent. Le problème est certains réflexes qu’il peut encourager lorsque l’on y passe beaucoup de temps : regarder vite, comparer beaucoup et décider rapidement. Si, après un rendez-vous agréable, notre premier réflexe est de retourner voir quels autres profils sont disponibles, quand prenons-nous réellement le temps de découvrir quelqu’un ? Et si une personne nous plaît mais que nous continuons à chercher parce qu’une autre pourrait être plus belle, plus jeune, plus grande, plus cultivée ou correspondre encore davantage à notre idéal, à quel moment la recherche s’arrête-t-elle ?
C’est probablement l’une des choses que dix années dans le domaine de la rencontre m’ont le plus apprises. On peut définir ses critères, savoir ce que l’on veut, sélectionner et rechercher une certaine compatibilité. C’est même nécessaire. Mais il arrive un moment où il faut sortir de la sélection pour entrer dans la rencontre. Une personne réelle ne correspondra jamais exactement au portrait que nous avions imaginé et c’est parfois justement là que commence une belle histoire.
Alors, plutôt que de se demander constamment « Est-ce que je peux trouver mieux ? », peut-être faudrait-il parfois se poser une autre question : **« Est-ce que j’ai vraiment pris le temps de découvrir la personne que je viens de rencontrer ? »**
Béatrice Paul
Fondatrice de L’Agence L’Oasis
Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes célibataires dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. À L’Agence L’Oasis, agence de rencontres sérieuses en Bretagne, je privilégie la sélection, la rencontre réelle et le temps nécessaire pour découvrir une personne au-delà d’une photographie ou d’un profil.

