« Je suis HPI et j’ai du mal à rencontrer quelqu’un qui me corresponde. »
Cette phrase, je l’entends parfois dans mon agence. Des femmes et des hommes viennent me voir en m’expliquant qu’ils sont à haut potentiel intellectuel, parfois identifiés à la suite d’un bilan, parfois encore en questionnement. Ils ont des histoires très différentes, mais certains me parlent d’un même sentiment de décalage dans leurs relations amoureuses et de cette difficulté à rencontrer une personne avec laquelle ils se sentent réellement compris.
Ce sujet n’est pas nouveau sur mon blog. Il y a plusieurs années, une adhérente, Clémentine, avait accepté de raconter son expérience de femme à haut potentiel, son rapport aux autres, au travail, à l’amitié et surtout à l’amour. Je souhaite conserver son témoignage tel qu’elle l’avait écrit parce qu’il lui appartient et raconte son vécu à une période précise de sa vie.
Mais après dix années passées dans le domaine de la rencontre, j’ai aujourd’hui envie d’aller plus loin. J’ai reçu suffisamment de femmes et d’hommes me parlant de leur haut potentiel pour constater que cette question revient régulièrement : être HPI peut-il influencer la façon de rencontrer l’amour et de vivre une relation de couple ?
Il n’existe pas une façon « HPI » d’aimer
Je veux commencer par une précaution importante. Il ne faut pas mettre toutes les personnes HPI dans la même case. Le haut potentiel intellectuel renvoie d’abord à des capacités cognitives particulières évaluées notamment à travers des tests psychométriques. Être HPI ne signifie pas automatiquement être hypersensible, anxieux, solitaire, extrêmement empathique ou rencontrer des difficultés sentimentales.
Je me méfie donc des portraits du « HPI amoureux » que l’on trouve un peu partout sur Internet et dans lesquels chacun peut finir par se reconnaître. Dans mon métier, je rencontre des personnes HPI très sociables et d’autres beaucoup plus réservées, des personnes ayant connu de longues relations et d’autres pour lesquelles la vie amoureuse a toujours été plus compliquée.
En revanche, certains besoins ou certaines difficultés reviennent dans les entretiens que je mène. Et c’est sur ces observations de terrain que je souhaite m’appuyer.
La connexion intellectuelle compte, mais elle ne suffit pas
L’une des premières choses que j’entends est : « J’ai besoin de quelqu’un avec qui je puisse vraiment parler. »
Certaines personnes à haut potentiel que je reçois ont besoin de beaucoup d’échanges. Elles aiment passer naturellement d’un sujet à un autre, approfondir une idée, découvrir, comprendre et confronter leurs points de vue. Elles ne recherchent pas forcément quelqu’un possédant exactement le même QI ou ayant suivi les mêmes études. Elles veulent surtout ne pas s’ennuyer dans leur relation.
La compatibilité intellectuelle dans le couple peut donc être importante, mais elle ne se mesure pas à un diplôme ou à une profession. Une personne très diplômée peut être peu curieuse tandis qu’une autre, avec un parcours scolaire beaucoup plus court, peut posséder une immense ouverture d’esprit, une grande culture personnelle et une conversation passionnante. Une rencontre amoureuse ne peut pas se résumer à comparer deux CV.
Mais avec mon expérience, je constate aussi que la connexion intellectuelle n’est souvent qu’une partie de la demande. Derrière le besoin de « pouvoir parler », il y a parfois quelque chose de plus profond : le besoin de connexion émotionnelle.
Le besoin d’une véritable connexion émotionnelle
Pouvoir discuter pendant des heures avec quelqu’un ne signifie pas nécessairement que l’on pourra construire une relation avec lui. On peut être intellectuellement stimulé par une personne et ne pas se sentir compris émotionnellement.
Certaines personnes HPI que je rencontre recherchent précisément les deux. Elles veulent pouvoir échanger, mais aussi ressentir une proximité émotionnelle forte. Elles ont besoin de quelqu’un capable d’entendre ce qu’elles ressentent, de comprendre certaines nuances et d’entrer dans une relation qui ne reste pas uniquement à la surface.
Cette connexion émotionnelle dans le couple peut devenir aussi importante que la compatibilité intellectuelle.
C’est là que l’intelligence émotionnelle entre également en jeu. Être très intelligent intellectuellement ne signifie pas nécessairement savoir comprendre ses propres émotions ou celles de l’autre. Et deux personnes brillantes peuvent avoir beaucoup de difficultés à communiquer affectivement.
Dans une relation durable, il faut donc regarder bien au-delà du haut potentiel.
Une sensibilité parfois vécue de manière très intense
Certaines personnes HPI qui viennent me voir se décrivent également comme très sensibles, voire hypersensibles. Là encore, il faut être précis : HPI et hypersensibilité ne sont pas synonymes. Toutes les personnes à haut potentiel ne présentent pas une sensibilité exacerbée et toutes les personnes hypersensibles ne sont évidemment pas HPI.
Mais lorsque cette forte sensibilité est présente, elle peut avoir une influence sur la rencontre amoureuse. Une parole, un changement d’attitude ou une distance inhabituelle peuvent être ressentis avec beaucoup d’intensité. À l’inverse, une attention, une complicité ou le sentiment d’être enfin compris peuvent provoquer une émotion particulièrement forte.
Les débuts d’une relation peuvent alors être vécus intensément. L’attirance et la connexion émotionnelle prennent beaucoup de place, mais avec elles peuvent également apparaître des interrogations et la peur d’être déçu.
C’est précisément à ce moment-là qu’un autre phénomène peut se mettre en place : la suranalyse.
Quand on ne rencontre plus seulement l’autre : on l’analyse
Je retrouve assez régulièrement ce fonctionnement dans mes débriefings après les rencontres. Certaines personnes ne me racontent pas simplement si elles ont passé un bon moment. Elles ont observé énormément de choses chez la personne qu’elles avaient en face d’elles.
Un mot, une hésitation, un changement de ton, une attitude ou une incohérence entre une parole et un comportement peuvent prendre beaucoup d’importance. La rencontre est ensuite repassée mentalement et certains détails sont interprétés pour essayer de comprendre ce que l’autre pense réellement.
Cette capacité d’observation peut être précieuse. Elle permet parfois de percevoir assez rapidement une incohérence ou une incompatibilité.
Mais elle peut aussi devenir une suranalyse de la personne et de la relation amoureuse.
On ne vit alors plus complètement la rencontre : on essaie de la décoder.
Un silence peut devenir un signe de désintérêt. Une phrase maladroite peut être longuement interprétée. Une personne un peu moins démonstrative que prévu peut donner l’impression qu’elle n’est pas intéressée alors qu’elle est simplement réservée ou intimidée.
Et plus la sensibilité est importante, plus cette analyse peut être nourrie par l’émotion.
C’est quelque chose que je travaille avec les personnes que j’accompagne. Après un premier rendez-vous, il n’est pas toujours nécessaire de tout comprendre. Il faut se poser parfois une question beaucoup plus simple : « Est-ce que vous étiez bien avec cette personne et avez-vous envie de la revoir ? »
Parce qu’une rencontre a besoin de temps. On ne connaît pas quelqu’un en deux heures et on ne peut pas prévoir toute une relation à partir de quelques détails observés lors d’un premier rendez-vous.
Le sentiment de décalage peut conduire à une grande exigence
Lorsque l’on a vécu plusieurs relations dans lesquelles on s’est senti incompris ou seul à deux, on devient naturellement plus vigilant. On ne veut plus revivre les mêmes déceptions et l’on apprend à observer davantage.
Mais cette vigilance peut progressivement devenir une sélection tellement précise que presque personne ne passe la première étape.
Je rencontre des femmes et des hommes qui savent parfaitement ce qu’ils ne veulent plus. C’est important. Mais il faut ensuite réussir à déterminer ce dont ils ont réellement besoin sans construire le portrait d’une personne qui devrait répondre à absolument tous leurs critères.
Car la compatibilité amoureuse n’est pas la similitude parfaite.
Deux personnes peuvent être différentes et parfaitement bien ensemble. À l’inverse, deux personnes HPI peuvent se comprendre intellectuellement et être totalement incompatibles dans leur façon d’aimer, leur mode de vie, leurs valeurs ou leurs projets.
Faut-il forcément être HPI pour aimer une personne HPI ?
Je ne le pense pas.
C’est pourtant une question que certaines personnes se posent après avoir vécu plusieurs relations dans lesquelles elles ne se sont pas senties comprises. Elles imaginent parfois qu’un autre HPI sera nécessairement plus capable de les comprendre.Ce serait beaucoup trop simple.
Partager un haut potentiel intellectuel ne garantit ni l’attirance, ni la connexion émotionnelle, ni les mêmes valeurs, ni une bonne communication. Deux personnes HPI peuvent même avoir des fonctionnements très différents.
À l’inverse, une personne HPI peut construire une très belle relation avec quelqu’un qui ne l’est pas, mais qui possède de la curiosité, une intelligence émotionnelle suffisante, une ouverture d’esprit et une capacité à accueillir sa façon de fonctionner.
C’est pourquoi je ne cherche jamais automatiquement un « HPI pour un HPI ».
La question qui m’intéresse davantage est : de quoi cette personne a-t-elle réellement besoin pour être heureuse dans une relation ?
Les sites et applications de rencontres peuvent accentuer la difficulté
Les rencontres sur Internet peuvent être particulièrement frustrantes lorsque l’on recherche une connexion qui ne se voit pas sur une photographie.
Une application demande de décider rapidement. Une photo, quelques lignes, un âge, une profession et quelques informations doivent permettre de choisir si l’on souhaite parler à quelqu’un.
Mais comment savoir à partir d’un profil si l’on pourra parler trois heures avec cette personne ? Comment mesurer sa curiosité, sa sensibilité ou son intelligence émotionnelle ? Comment savoir si l’on ressentira cette fameuse connexion lorsque l’on sera réellement face à elle ? On ne le peut pas.
Pour une personne qui a déjà tendance à beaucoup analyser, l’abondance des profils peut même amplifier le phénomène. On compare, on élimine et l’on se demande toujours si quelqu’un de plus compatible n’apparaîtra pas quelques profils plus loin.
Certaines personnes HPI et célibataires sont précisément fatiguées de cette façon de rencontrer. Elles ne veulent plus seulement choisir des profils. Elles souhaitent être comprises dans leur globalité et rencontrer des personnes sélectionnées autrement.
Mon rôle : comprendre la personne derrière le HPI
Lorsqu’une femme ou un homme HPI vient me rencontrer, le terme HPI m’apporte une information, mais il ne me suffit absolument pas. Je veux comprendre la personne.
C’est pour cela que mes entretiens sont approfondis. Je cherche à comprendre son histoire relationnelle, son mode de vie, ses valeurs et ce qu’elle attend réellement d’une relation. Nous parlons aussi de ce qui l’a fait souffrir auparavant, de ce qui l’ennuie chez quelqu’un et de ce qui, au contraire, crée chez elle de l’intérêt et de l’attirance.
La compatibilité intellectuelle peut être importante. La connexion émotionnelle peut l’être tout autant. Mais il faut également tenir compte du mode de vie, de la disponibilité affective, de la personnalité, des valeurs et de la capacité des deux personnes à construire une relation.C’est précisément là que mon expérience de la rencontre intervient.
Depuis dix ans, j’ai appris qu’un critère isolé, aussi important soit-il, ne permet jamais de prédire une relation. Une personne peut être intellectuellement passionnante mais émotionnellement indisponible. Une autre peut ne pas correspondre exactement au portrait imaginé et pourtant créer, lors de la rencontre, quelque chose que l’on n’avait pas anticipé.
C’est aussi pour cela que je conseille parfois de revoir une personne lorsque le premier rendez-vous s’est bien passé sans pour autant provoquer immédiatement une évidence. Les personnes qui analysent beaucoup peuvent chercher trop vite une réponse définitive là où il faudrait simplement laisser la découverte continuer.
HPI et amour : ne pas chercher son double, mais quelqu’un avec qui être soi
Lorsqu’on s’est longtemps senti différent, il est compréhensible d’avoir envie de rencontrer quelqu’un qui nous comprenne enfin. Mais être compris ne signifie pas nécessairement rencontrer son double.
À mes yeux, la véritable question est plutôt de pouvoir être soi dans la relation sans devoir en permanence se contenir, se justifier ou jouer un personnage. Et cela vaut d’ailleurs pour tout le monde, HPI ou non.
Pour certaines personnes à haut potentiel, cela signifie trouver quelqu’un avec qui la conversation sera stimulante et la curiosité partagée. Pour d’autres, le besoin de connexion émotionnelle sera encore plus important. Lorsque s’ajoutent une forte sensibilité et une tendance à la suranalyse, il faudra également rencontrer une personne suffisamment stable dans sa communication pour ne pas alimenter constamment l’incertitude.
Mais l’amour ne se construit jamais sur une étiquette.
Une relation amoureuse durable repose sur un ensemble beaucoup plus large : la compatibilité des valeurs, l’attirance, le respect, la communication, le mode de vie et la capacité de chacun à faire une place à l’autre.
C’est précisément ce que je cherche à comprendre . Derrière la phrase « Je suis HPI et je cherche quelqu’un qui me corresponde », il y a toujours une personne singulière et une autre question beaucoup plus intéressante : « Avec qui pourrais-je réellement être bien ? »
Si vous êtes HPI et célibataire et que vous avez le sentiment de ne pas trouver votre place dans les rencontres traditionnelles, il peut être utile de sortir un moment des profils et des étiquettes pour revenir à ce qui compte réellement pour vous dans une relation.
C’est aussi mon travail : comprendre votre fonctionnement, vos attentes et vos besoins pour rechercher non pas quelqu’un qui vous ressemble en tout point, mais une personne avec laquelle une véritable compatibilité intellectuelle, émotionnelle et relationnelle peut exister.
Béatrice Paul- L’Agence L’Oasis – Agence de rencontres sérieuses en Bretagne
Depuis 2016, j’accompagne des femmes et des hommes dans leur recherche d’une relation sérieuse et durable. Mon travail repose sur des entretiens approfondis, une sélection humaine des profils et une recherche de compatibilité qui tient compte de la personnalité, des valeurs, du mode de vie et des attentes relationnelles.

